L’Ami du Peuple est à Sens

Le tableau « Marat assassiné » de David séjourne aux Musées de Sens jusqu’au 3 juin 2019. Un prêt exceptionnel du Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon.

L’une des quatre copies du tableau « Marat assassiné » réside à Sens depuis la fin du mois de janvier. Une belle prouesse de la ville qui met de nouveau les musées en lumière avec le plan « Culture près de chez vous », projet de circulation des artistes et d’itinérance des œuvres du Ministère de la Culture. « La mise en œuvre de ce plan s’inscrit en pleine concordance avec les réflexions et le travail qui sont menés au niveau des Musées de Sens » a déclaré Marie-Louise Fort, maire de Sens. Soit le projet scientifique et culturel qui consiste à faire des Musées de Sens « un musée pour tous » et à le moderniser.

L’œuvre néoclassique « Marat assassiné », peinte dans les ateliers de l’artiste Jacques-Louis David en 1794, trône dans la salle du Jubé aux côtés du tableau « Jupiter et Antiope », énième pépite des Musées de Sens datant de 1771 qui rappelle combien David était lié à la ville de Sens. Il y séjournait souvent, accueilli par son oncle, l’architecte François Buron. Le peintre Adolphe Guillon, petit-fils de Mme Baudry, légua cette toile au musée en 1896. Loin du mythe et des amours de Jupiter narrées par Ovide, cette représentation de Marat place en quelque sorte David dans le rôle d’impresario de la Révolution Française. La toile « Marat assassiné », commandée par la Convention, témoigne d’une volonté accrue de propagande révolutionnaire. David, peintre officiel de la Convention, fut également un acteur essentiel de la Révolution en tant qu’homme politique. Il apporta un soutien sans faille à Marat jusqu’à sa mort le 13 juillet 1793.

Marat fut tué par Marie-Anne Charlotte de Corday d’Armont, jeune femme de 25 ans, descendante directe du dramaturge Pierre Corneille soit dit en passant, républicaine modérée qui exécrait les dérives de la Révolution dont elle rendait Marat responsable. Immortalisée sous le pinceau de David, cette scène funèbre fera du député montagnard un grand martyr de la liberté. Alors que Charlotte Corday pensait calmer cette révolution meurtrière, son acte, puis l’œuvre, attisera au contraire la haine des Montagnards. Ladite période de la Terreur sera officialisée en septembre 1793.

Comme le fait remarquer Véronique Frantz, adjointe à la cuture de la mairie de Sens, « la hauteur même de l’accrochage donne aux visiteurs l’impression d’être dans la salle de bains de Marat. Alors si la culture permet d’habiter des époques révolues, et bien en voici finalement l’illustration ». Si près du corps de Marat rendant son dernier soupir, le visiteur peut observer moult détails mis en scène par David. « Il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre bienveillance » peut-on lire sur un billet signé Charlotte Corday. Billet ici incomplet que Marat ne lira jamais. De plus, David a remplacé le mot « protection » par « bienveillance », notion phare de la Révolution. Pourtant, Marat et ses compagnons de la Terreur ne réservaient que la mort à leurs détracteurs, les Girondins, en l’occurrence, dont la montée à Paris fut annoncée par Charlotte Corday. Stratagème qui lui permit d’approcher Marat. Des têtes coupées et un bain de sang. Tel était l’exigence de la tyrannie révolutionnaire.

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