Les friandises, le pire pour nos amies les bêtes

Des panneaux d’interdiction de nourrir les animaux sont plantés à proximité des ères animalières dans le parc du Moulin à Tan. Et pourtant, les gens continuent de leur offrir de la nourriture, pain, pain au chocolat et autres friandises. Un phénomène également observé au sein des foyers avec les animaux de compagnie, tout autant néfaste.

Comment sont suivis les animaux du parc ?

« Tous les matins on fait les soins aux animaux » précise Aurélien Loiseau, directeur des Espaces Verts de la mairie de Sens. Nettoyage des litières, rationnement en eau et en nourriture sont le quotidien des soigneurs du parc du Moulin à Tan. Chaque matin, les animaux reçoivent « la quantité de nourriture dont ils ont besoin pour la journée », en fonction du régime alimentaire fixé par le vétérinaire en charge des animaux du parc. Ce vétérinaire passe une ou deux fois par an afin d’effectuer un contrôle de la santé des animaux ainsi que sur demande du parc. Les soigneurs vérifient régulièrement que tout va bien, en prenant leur température corporelle par exemple.

Le directeur souligne qu’hormis des signes de vieillesse pour certains, les animaux, présents dans le parc depuis son ouverture pour la plupart, sont en bonne santé, leurs vaccins sont à jour. « Il y a quand même un contrôle règlementaire » tient à clarifier le directeur. « On ne serait pas autorisé à avoir des animaux dans le parc si on ne mettait pas tout ça en place. On est contrôlé, ils sont identifiés. La collectivité paie des redevances au groupements sanitaires de l’Yonne qui vérifient tout ça. Au niveau des animaux, on est dans les clous ». Malgré tout, Aurélien Loiseau doit souvent faire face à des visiteurs qui accusent le parc de sous-alimenter les bêtes et de ne pas les soigner correctement. Un comble quand on voit le nombre de promeneurs qui surnourrissent les animaux chaque jour et les mettent en danger.

Nourrir ces animaux peut être dangereux pour eux

Il est vrai que les animaux prennent volontiers ces aliments. Et puisque dans l’imaginaire collectif, les animaux savent ce qui est bon pour eux, ces actes sont légitimés. Or le directeur rappelle que le comportement de ces animaux est similaire à celui d’un enfant. « Ils en sont friands. C’est comme quand vous donnez un bonbon aux enfants, ils ne vont jamais vous dire non ». Pourtant on sait que ce n’est pas bon pour eux.

Quand les visiteurs nourrissent ces animaux, cela fait « qu’ils mangent plus que ce qu’ils devraient manger » précise Aurélien Loiseau. Une suralimentation peut entrainer un surpoids qui rendrait leurs déplacements difficiles et d’autres complications.

Mais outre cet aspect, la nourriture humaine contient des substances qui peuvent être toxiques pour eux. Ulcères, hypertension, excès de cholestérol, les animaux finissent par contracter des maladies bien humaines. Autre cas de figure, l’amidon contenu dans le pain fait gonfler leur estomac. Ce qui est déjà arrivé plusieurs fois. Le parc a dû appeler le vétérinaire en urgence, souvent en plein week-end, « parce que les animaux avaient mangé trop de pain, trop de carottes, etc. ». Et dans le pire des cas, cette suralimentation peut entrainer la mort de l’animal. C’est pourquoi le parc avait pris l’initiative de poster ces panneaux d’interdiction.

« Du bon sens, a priori, il y en a qui ne l’ont pas », regrette Aurélien Loiseau. Même en intervenant dans le parc directement afin de rappeler les règles aux visiteurs, le directeur n’est pas pris au sérieux. « Les gens n’en ont rien à faire. Par contre avec la Police Municipale, là ils font attention. Ils ont peur de la prune ». Le directeur du parc en vient à se dire qu’assermenter les gardiens afin qu’ils puissent dresser des Procès-Verbaux pourrait être le seul recours, comme le font de plus en plus de collectivités. Même si ce n’est pas sa « conception de la vie d’arriver à faire ça à Sens ». Il préfère privilégier la communication. Mais rien ne dit que les élus ne sauteront pas le pas un jour.

La fausse bonne idée

Une grande majorité des zoos, parcs et réserves naturelles interdisent formellement le nourrissage des animaux rappelant la dangerosité d’un tel geste pour l’animal. Pour le directeur du Moulin à Tan, il est évident que permettre aux visiteurs de donner de la nourriture, même adaptée, représente de nouveau un surplus de rationnement qui fait perdurer le risque de maladie et/ou de mort.

Mais certaines personnes ont tendance prendre pour référence la vente de nourriture soi-disant adaptée aux animaux, sous forme de pop-corn par exemple au Zoo de la Palmyre, pour répondre aux accès de générosité culinaire des visiteurs.

Or le cadre juridique est clair :

L’article 23 de l’arrêté du 25 mars 2004 portant sur la règlementation des établissements zoologiques spécifique que « La distribution de nourriture par les visiteurs est interdite, à l’exception des distributions organisées et contrôlées par les responsables de l’établissement ». Les associations de défense des animaux, notamment la Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences, dénoncent depuis de nombreuses années la maltraitance animale et plus particulièrement la transformation de certains de ces établissements en véritable industrie du spectacle.

Pour ce qui est des animaux sauvages tels que les pigeons, « il est interdit de jeter ou de déposer des graines ou nourriture en tous lieux publics pour y attirer les animaux errants, sauvages ou redevenus tels » selon l’article 120 du règlement sanitaire départemental de l’Yonne. A voir également l’article L 1311-2 du code de la santé publique qui régit, entre autres, la question du nourrissage des animaux errants. D’autant que les animaux sauvages se nourrissent très bien par eux-mêmes.

Pourquoi ce besoin irrépressible de nourrir les animaux ?

Si l’acte de donner un morceau de pain à un animal n’est pas sans conséquences néfastes comme nous l’avons vu, il n’est pas mal intentionné, a priori. Consciemment, les gens ne nourrissent pas les animaux pour leur faire du mal. Ils veulent sans doute participer à leur bien-être, les protéger, lors des saisons hivernales par exemple, et pensent sensibiliser leurs enfants à cette faune environnante et à leurs besoins.

Mais que se cache-t-il sous cet acte innocent en apparence ?

Ce nourrissage répond à une nécessité de faire plaisir à l’animal et de lui témoigner notre intérêt voire notre affection dans certains cas. Mais c’est « un faire plaisir » davantage égoïste qui vise au contraire à conquérir son attention et son affection au moyen de cadeaux alimentaires. En somme, faire plaisir à un animal, c’est avant tout se faire plaisir à soi-même.

Il peut aussi s’agir d’anthropomorphisme, le fait d’attribuer aux animaux, quelles que soient les espèces, des intentions, des sentiments, des émotions et même des besoins spécifiquement humains. Comme le soulignent Mickael Sage, docteur en écologie spécialisé sur la relation proies-prédateurs et Geoffroy Couval, ingénieur d’étude sur leur blog Défi écologiqueCédric Sueur, maitre de conférences à l’Université de Strasbourg rappelle que « cette capacité cognitive de projection aurait évolué chez l’Homme afin qu’il puisse mieux comprendre le monde qui l’entoure et qu’il puisse mieux interagir avec lui ». Mais « ce qui devrait plus être utilisé comme un principe de précaution, devient systématique dans notre relation à l’animal ». Aujourd’hui, l’être humain ne pense plus qu’en tant qu’être humain et son interprétation du comportement animal est souvent erronée.

A noter que persister à nourrir ces animaux, surtout en connaissance de cause, peut être considéré comme une maltraitance envers les animaux.

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